
Quel est le comble pour une réflexologue ? Ne pas supporter qu’on lui touche les pieds !
Bon, heureusement, ce n’est pas mon cas. Mais cela va être le sujet de cet article. C’est une question qui m’intéresse parce que je rencontre régulièrement des personnes qui, elles, ne supportent vraiment pas qu’on leur touche les pieds.
Chez certaines, c’est juste une gêne ou une sensation de chatouillement. Chez d’autres, la réaction est beaucoup plus forte : elles retirent immédiatement leur pied, se crispent, se protègent, parfois même réagissent de façon assez vive lorsque quelqu’un essaie de les approcher ou de les toucher.
Alors pourquoi ?
Je ne vais pas parler ici de la podophobie, qui est une peur intense et spécifique des pieds et qui relève d’un autre sujet. Si c’est quelque chose qui vous concerne, je vous mets ici un lien vers une explication de la podophobie.
Ce qui m’intéresse ici, c’est quelque chose de beaucoup plus courant : pourquoi certaines personnes n’aiment-elles pas, ou ne supportent-elles pas, qu’on leur touche les pieds ?
C’est difficile de comprendre une réaction que l’on ne ressent pas soi-même. Dans mon cabinet, je rencontre plusieurs personnes dans cette situation et, dans mes recherches, je comprends qu’il existe de multiples raisons et surtout plusieurs couches qui peuvent s’enchevêtrer.
Le pied, ce n’est pas juste un pied
Avant même de parler de réflexologie, je trouve intéressant de se demander quelle place nous donnons au pied.
C’est lui qui nous porte. Il nous permet de tenir debout, de marcher, de changer de direction, d’avancer. C’est aussi la partie de notre corps qui est directement en contact avec le sol.
Dans certaines approches de la médecine traditionnelle chinoise, le pied occupe une place importante. Les douze méridiens principaux comprennent six méridiens dits « du pied » : le méridien de l’Estomac, de la Rate, de la Vessie, du Rein, de la Vésicule biliaire et du Foie.
Vous pouvez consulter ici une présentation des douze méridiens et de leurs trajets.
On retrouve également, dans certaines présentations de la pensée chinoise, cette image du pied comme la racine du corps. L’image est assez parlante : les racines permettent à l’arbre de prendre appui dans la terre et de rester relié à elle.
Michel Odoul, dans Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi, aborde lui aussi le pied sous un angle symbolique. Il le présente comme notre point d’appui sur le sol, ce qui nous permet de pousser vers l’avant et donc d’avancer, mais aussi de bloquer nos appuis et de « camper sur nos positions ». Le pied devient alors le symbole de nos positions, de nos attitudes, de notre relation au monde extérieur, mais aussi de notre liberté puisqu’il nous permet de nous déplacer.

Et puis il y a notre histoire occidentale. Le pied est la partie basse du corps, celle qui touche la terre et qui se salit. Pendant longtemps, les personnes marchent pieds nus ou avec des chaussures qui protègent assez peu du sol. Le pied est donc concrètement exposé à la poussière, à la boue et aux saletés.
Et il devient ainsi un symbole de cette position « basse ».
Dans la tradition chrétienne, Jésus lave les pieds de ses disciples. Et ce qui est intéressant dans ce geste, c’est justement l’inversion de la position : celui qui est le maître se met au service de ceux qui sont sous son autorité. Dans l’Évangile selon Jean, Jésus lave les pieds de ses disciples puis leur demande de faire de même les uns pour les autres.
Vous voyez, le pied, c’est un vaste sujet.
C’est une partie du corps assez paradoxale. Il est bas, mais il nous porte. Il est en contact avec la terre, mais il nous permet de nous déplacer. Il peut être associé à la saleté et à l’humilité, mais le fait de s’abaisser jusqu’aux pieds de quelqu’un peut aussi devenir un geste de respect.
Dans certaines traditions indiennes, toucher les pieds d’un aîné est justement un geste de respect et peut être associé à la recherche de sa bénédiction. En Thaïlande, les pieds sont traditionnellement considérés comme la partie la plus basse et la moins pure du corps, et le fait de s’abaisser jusqu’aux pieds d’une personne respectée peut, dans certaines circonstances, être au contraire un geste de très grande humilité. Le lavage des pieds des parents existe également dans certaines cérémonies.
Finalement, quelle que soit la tradition, le pied n’est pas vraiment une partie du corps comme les autres. Il a une histoire, une symbolique, une fonction et une place particulière dans notre rapport au monde.
Alors, pourquoi certaines personnes ne supportent-elles pas qu’on leur touche les pieds ?
Certaines personnes sont très sensibles au toucher. Les effleurements peuvent être difficiles à supporter, le port de certaines chaussures, les chatouillements également. D’autres personnes sont sensibles à certaines textures ou à certaines sensations : le sable entre les orteils, une sensation huileuse, un contact léger sur la peau…
Il peut aussi y avoir une différence entre un contact choisi et un contact subi, entre quelque chose de prévisible et quelque chose qui arrive sans prévenir. Et puis chacun a son histoire avec son corps, ses sensations et ses habitudes.
Je rencontre plusieurs personnes qui me parlent de cette difficulté, mais deux histoires me marquent particulièrement.

Philippe : « Et pourtant, il essaie »
Philippe est un homme d’une 50e d’années. Il ne connaît pas la réflexologie et décide d’essayer. Dans sa vie quotidienne, le contact avec ses pieds est quelque chose qu’il supporte très mal. Même avec sa femme ou ses enfants, lorsqu’un pied est touché, volontairement ou non, sa réaction peut être assez violente : il bloque immédiatement le geste, se met dans une sorte d’état de protection, comme si son pied devait être protégé à tout prix.
Et pourtant, il vient faire une séance de réflexologie plantaire. Pourquoi ?
Lorsque je lui demande pourquoi il vient, il me répond simplement : « Par curiosité. ». Mais ça ne peut pas être aussi simple, non ? Est-ce que la curiosité peut être suffisamment forte pour nous faire passer outre quelque chose que nous ne supportons pas ? Je n’ai pas pu approfondir le sujet avec Philippe. Alors j’imagine assez bien cette pensée : « Je ne supporte pas qu’on me touche les pieds. Mais qu’est-ce que ça ferait quand même, si je décidais de l’essayer volontairement, dans de bonnes conditions ? »
Il ne connaît pas la réflexologie. Il ne sait pas vraiment à quoi s’attendre. Mais il accepte de tenter l’expérience. Et finalement, il découvre qu’il peut recevoir une séance.
Alors oui, peut-être que la curiosité est un gros levier. Peut-être qu’elle permet parfois d’aller voir ce qui se trouve derrière une aversion.
Clara : « Et pourtant, elle revient »
Clara est une étudiante de 20 ans. Dès son arrivée, elle s’assoit et me dit très simplement : « Je ne supporte pas qu’on me touche les pieds. » Je dois dire que j’ai un peu tiqué sur le moment. Je demande forcément : « Mais alors, qu’est-ce qui vous amène ici ? » Je ne lui réponds évidemment pas exactement comme ça, mais je lui demande ce qu’elle n’aime pas dans le fait qu’on lui touche les pieds.
Et c’est là qu’elle commence à préciser les choses. Elle n’aime pas les effleurements, les touchers légers, les chatouillements. Elle n’aime pas non plus certaines sensations très précises, comme les grains de sable entre les orteils ou la sensation huileuse sur la peau. Son rapport aux sensations est donc beaucoup plus large que le simple fait de ne pas aimer qu’on lui touche les pieds.
Elle reviendra plusieurs fois.

Et cette histoire-là, je la garde pour la suite, parce qu’elle pose une autre question : que se passe-t-il lorsqu’une personne qui ne supporte pas le contact des pieds décide quand même de recevoir une séance ?
Toucher n’est pas toucher
Ces deux histoires me font finalement penser à quelque chose de très simple : nous pouvons dire « je n’aime pas qu’on me touche les pieds », mais cela ne nous dit pas forcément ce que nous allons ressentir dans toutes les situations.
Un contact choisi n’est peut-être pas vécu comme un contact subi.
Un effleurement n’est pas une pression.
Un contact inattendu n’est pas la même chose qu’un contact dont on connaît le déroulement.
Et peut-être qu’une aversion n’est pas toujours aussi immuable qu’on le pense.
Philippe vient parce qu’il se demande ce qui va se passer s’il essaie malgré tout.
Clara, elle, revient plusieurs fois.
Comment peut-on passer de « touche pas à mes pieds » à accepter qu’une personne les touche pendant une séance de réflexologie ?
C’est ce que je vous propose d’explorer dans le prochain article.
Les prénoms Philippe et Clara ont été modifiés afin de préserver l’anonymat des personnes.
Quel est le comble pour une réflexologue ? Ne pas supporter qu’on lui touche les pieds !
Bon, heureusement, ce n’est pas mon cas. Mais cela va être le sujet de cet article. C’est une question qui m’intéresse parce que je rencontre régulièrement des personnes qui, elles, ne supportent vraiment pas qu’on leur touche les pieds.
Chez certaines, c’est juste une gêne ou une sensation de chatouillement. Chez d’autres, la réaction est beaucoup plus forte : elles retirent immédiatement leur pied, se crispent, se protègent, parfois même réagissent de façon assez vive lorsque quelqu’un essaie de les approcher ou de les toucher.
Alors pourquoi ?
Je ne vais pas parler ici de la podophobie, qui est une peur intense et spécifique des pieds et qui relève d’un autre sujet. Si c’est quelque chose qui vous concerne, je vous mets ici un lien vers une explication de la podophobie.
Ce qui m’intéresse ici, c’est quelque chose de beaucoup plus courant : pourquoi certaines personnes n’aiment-elles pas, ou ne supportent-elles pas, qu’on leur touche les pieds ?
C’est difficile de comprendre une réaction que l’on ne ressent pas soi-même. Dans mon cabinet, je rencontre plusieurs personnes dans cette situation et, dans mes recherches, je comprends qu’il existe de multiples raisons et surtout plusieurs couches qui peuvent s’enchevêtrer.
Le pied, ce n’est pas juste un pied
Avant même de parler de réflexologie, je trouve intéressant de se demander quelle place nous donnons au pied.
C’est lui qui nous porte. Il nous permet de tenir debout, de marcher, de changer de direction, d’avancer. C’est aussi la partie de notre corps qui est directement en contact avec le sol.
Dans certaines approches de la médecine traditionnelle chinoise, le pied occupe une place importante. Les douze méridiens principaux comprennent six méridiens dits « du pied » : le méridien de l’Estomac, de la Rate, de la Vessie, du Rein, de la Vésicule biliaire et du Foie.
Vous pouvez consulter ici une présentation des douze méridiens et de leurs trajets.
On retrouve également, dans certaines présentations de la pensée chinoise, cette image du pied comme la racine du corps. L’image est assez parlante : les racines permettent à l’arbre de prendre appui dans la terre et de rester relié à elle.
Michel Odoul, dans Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi, aborde lui aussi le pied sous un angle symbolique. Il le présente comme notre point d’appui sur le sol, ce qui nous permet de pousser vers l’avant et donc d’avancer, mais aussi de bloquer nos appuis et de « camper sur nos positions ». Le pied devient alors le symbole de nos positions, de nos attitudes, de notre relation au monde extérieur, mais aussi de notre liberté puisqu’il nous permet de nous déplacer.
Je ne peux pas non plus m’empêcher de penser à ce qu’on a fait aux pieds des femmes à travers l’histoire. En Chine, pendant des siècles, on bande les pieds de certaines petites filles pour en réduire la taille et leur donner cette forme de « lotus » considérée comme belle. La déformation est durable, terriblement douloureuse et la mobilité s’en trouve fortement limitée. En Occident, les normes esthétiques ont également imposé aux femmes des chaussures qui transforment la façon de marcher, de se tenir et de se déplacer, jusqu’aux talons très hauts. La société pouvait, et peut encore, sous l’injonction de l’esthétisme, imposer au corps féminin des formes de contrainte qui limitent sa liberté de mouvement. Le pied, celui qui nous permet d’avancer, peut alors devenir un instrument d’immobilisation du corps féminin.
Et puis il y a notre histoire occidentale. Le pied est la partie basse du corps, celle qui touche la terre et qui se salit. Pendant longtemps, les personnes marchent pieds nus ou avec des chaussures qui protègent assez peu du sol. Le pied est donc concrètement exposé à la poussière, à la boue et aux saletés.
Et il devient ainsi un symbole de cette position « basse ».
Dans la tradition chrétienne, Jésus lave les pieds de ses disciples. Et ce qui est intéressant dans ce geste, c’est justement l’inversion de la position : celui qui est le maître se met au service de ceux qui sont sous son autorité. Dans l’Évangile selon Jean, Jésus lave les pieds de ses disciples puis leur demande de faire de même les uns pour les autres.
Vous voyez, le pied, c’est un vaste sujet.
C’est une partie du corps assez paradoxale. Il est bas, mais il nous porte. Il est en contact avec la terre, mais il nous permet de nous déplacer. Il peut être associé à la saleté et à l’humilité, mais le fait de s’abaisser jusqu’aux pieds de quelqu’un peut aussi devenir un geste de respect.
Dans certaines traditions indiennes, toucher les pieds d’un aîné est justement un geste de respect et peut être associé à la recherche de sa bénédiction. En Thaïlande, les pieds sont traditionnellement considérés comme la partie la plus basse et la moins pure du corps, et le fait de s’abaisser jusqu’aux pieds d’une personne respectée peut, dans certaines circonstances, être au contraire un geste de très grande humilité. Le lavage des pieds des parents existe également dans certaines cérémonies.
Finalement, quelle que soit la tradition, le pied n’est pas vraiment une partie du corps comme les autres. Il a une histoire, une symbolique, une fonction et une place particulière dans notre rapport au monde.
Alors, pourquoi certaines personnes ne supportent-elles pas qu’on leur touche les pieds ?
Certaines personnes sont très sensibles au toucher. Les effleurements peuvent être difficiles à supporter, le port de certaines chaussures, les chatouillements également. D’autres personnes sont sensibles à certaines textures ou à certaines sensations : le sable entre les orteils, une sensation huileuse, un contact léger sur la peau…
Il peut aussi y avoir une différence entre un contact choisi et un contact subi, entre quelque chose de prévisible et quelque chose qui arrive sans prévenir. Et puis chacun a son histoire avec son corps, ses sensations et ses habitudes.
Je rencontre plusieurs personnes qui me parlent de cette difficulté, mais deux histoires me marquent particulièrement.
Philippe : « Et pourtant, il essaie »
Philippe est un homme d’une cinquantaine d’années. Il ne connaît pas la réflexologie et pourtant il décide d’essayer une séance.
Dans sa vie quotidienne, le contact avec ses pieds est quelque chose qu’il supporte très mal. Même avec sa femme ou ses enfants, lorsqu’un pied est touché, volontairement ou non, sa réaction peut être assez violente : il bloque immédiatement le geste, se met dans une sorte d’état de protection, comme si son pied devait être protégé à tout prix.
Et pourtant, il vient faire une séance de réflexologie plantaire. Pourquoi ?
Lorsque je lui demande pourquoi il vient, il me répond simplement : « Par curiosité. » Ça ne peut pas être aussi simple, non ? Est-ce que la curiosité peut être suffisamment forte pour nous faire passer outre quelque chose que nous ne supportons habituellement pas ?
Je ne peux pas savoir exactement ce qui se passe pour Philippe. Mais j’imagine assez bien cette pensée : « Je ne supporte pas qu’on me touche les pieds. Mais qu’est-ce que ça ferait quand même, si je décidais de l’essayer volontairement, dans de bonnes conditions ? »
Il ne connaît pas la réflexologie. Il ne sait pas vraiment à quoi s’attendre. Mais il accepte de tenter l’expérience.
Et finalement, il découvre qu’il peut recevoir une séance.
Alors oui, peut-être que la curiosité est un gros levier. Peut-être qu’elle permet parfois d’aller voir ce qui se trouve derrière une aversion que l’on connaît pourtant très bien ?
Clara : « Et pourtant, elle revient »
Clara est une étudiante de 20 ans. Dès son arrivée, elle s’assoit et me dit très simplement : « Je ne supporte pas qu’on me touche les pieds. » Je dois dire que j’ai un peu tiqué sur le moment. Je demande forcément : « Mais alors, qu’est-ce qui vous amène ici ? » Je ne lui réponds évidemment pas exactement comme ça, mais je lui demande ce qu’elle n’aime pas dans le fait qu’on lui touche les pieds.
Et c’est là qu’elle commence à préciser les choses. Elle n’aime pas les effleurements, les touchers légers, les chatouillements. Elle n’aime pas non plus certaines sensations très précises, comme les grains de sable entre les orteils ou la sensation huileuse sur la peau. Son rapport aux sensations est donc beaucoup plus large que le simple fait de ne pas aimer qu’on lui touche les pieds.
Elle reviendra plusieurs fois.
Et cette histoire-là, je la garde pour la suite, parce qu’elle pose une autre question : que se passe-t-il lorsqu’une personne qui ne supporte pas le contact des pieds décide quand même de recevoir une séance ?
Toucher n’est pas toucher
Ces deux histoires me font finalement penser à quelque chose de très simple : nous pouvons dire « je n’aime pas qu’on me touche les pieds », mais cela ne nous dit pas forcément ce que nous allons ressentir dans toutes les situations.
Un contact choisi n’est peut-être pas vécu comme un contact subi.
Un effleurement n’est pas une pression.
Un contact inattendu n’est pas la même chose qu’un contact dont on connaît le déroulement.
Et peut-être qu’une aversion n’est pas toujours aussi immuable qu’on le pense.
Philippe vient parce qu’il se demande ce qui va se passer s’il essaie malgré tout.
Clara, elle, revient plusieurs fois.
Comment peut-on passer de « touche pas à mes pieds » à accepter qu’une personne les touche pendant une séance de réflexologie ?
C’est ce que je vous propose d’explorer dans le prochain article.
Les prénoms Philippe et Clara ont été modifiés afin de préserver l’anonymat des personnes.
Les informations présentées dans cet article sont le reflet de mon point de vue personnel. Il est essentiel de rappeler qu’il est recommandé de solliciter l’avis d’un professionnel de la santé qualifié pour des conseils médicaux adaptés à votre situation particulière.
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